Têtes dans le Guidon - Blitz Motorcycles

Marie Lecoq a rencontré le bicéphale BLITZ pour le collectif « Têtes dans le guidon » : Fred Jourden 41 ans, Hugo Jézégabel 30 ans, BLITZ 5 ans, et 60 créations uniques au compteur. Des motos, mais pas seulement, comme le dit Fred, 'pour que les mains travaillent bien, il faut que le cerveau marche bien aussi !' Pas de course à l’argent, une seule ambition, huiler la petite mécanique d’un bonheur partagé et quotidien.


Initié par les Ateliers Smokey Joe®, le collectif « TÊTES DANS LE GUIDON » dresse le portrait de « Gentlemen Racers » qui ont fermement décidé de confronter leur rêve à la réalité. Ils sont préparateurs, compétiteurs, collectionneurs ou simplement rouleurs mais partagent la passion commune des sports mécaniques et une certaine élégance dans la manière d'apréhender la route.

Le collectif est composé de Guillaume Lieutier (Les Ateliers Smokey Joe), Marie Lecoq (Auteur, Animatrice Radio), Renaud Marion (Photographe) et Jean-Sylvain Marchessou (Photographe)

Un gentleman racer c’est qui c’est quoi ? Fred : « Pour moi ce serait pas un racer, parce que j’suis pas un pilote…tomber, me faire mal, ça me fait peur. Ce serait plutôt quelqu’un qui vit avec qui il est, si justement il sait qui il est, il va forcement rouler sur quelque chose de différent, que ce soit une voiture, une moto, un vélo, un skate, il va aller dans la personnalisation et en général, il va accorder tout le reste de sa panoplie globale, et pas que vestimentaire, le choix des meubles, le choix des endroits où il va traîner, le choix de ses amis, et ça devient de fait une philosophie. C’est pas juste un objet que tu possèdes et qui te définit, c’est un objet qui te fait évoluer et que toi tu fais évoluer parce que tu le personnalises, oui c’est une vraie philosophie. » Hugo : « Ben moi c’est un genre d’explorateur, un genre de mec qui va essayer sa moto dans des endroits improbables, c’est surtout la recherche d’un endroit, j’aime aussi la course mais tu vois ce qui me fait rêver c’est ce lac salé en Bolivie, moi ce serait un mec qui bougerait son cul avec une moto qui lui tient à coeur pour aller la faire courir dans un endroit où personne n’est allé et qui soit pas forcement au milieu de tous les codes de la course, parce que la course c’est la vitesse, tu peux aller la faire où tu veux la course. J’ai pas l’esprit de compétition. »


Qu’est ce qu’a l’autre que tu n’as pas ? F : « On est exactement comme deux sinusoïdes calées l’une en face de l’autre, quand j’ai mon énervement il a son grand moment de calme et inversement. » H : « On est complémentaires, on s’entend bien et puis surtout on se supporte au quotidien, c’est une espèce de feeling qui fonctionne » F : « On a été présentés l’un a l’autre par le cousin d’Hugo, on est devenus copains assez vite, on s’est intégrés chacun dans nos bandes respectives, on avait des copines qui appelaient Hugo et ses potes « les bonbons » parce qu’ils avaient 10 ans de moins que nous, ils étaient beaux comme des Dieux et tu touches pas un mec de 20 ans quand t’es une fille de 30 ans. Au fur et à mesure, de copains qui partagent deux heures de week-end ensemble, on est devenus un peu plus copains, jusqu’au jour ou chacun a décidé de franchir le rubicon sans vraiment se le dire, ensuite je suis parti aux Etats unis un mois pour être certain de mon fait, et en rentrant j’ai dit à Hugo, voilà moi je veux bien le faire mais ça ne sera qu’avec toi, je le ferai pas tout seul, et ça ne sera avec personne d’autre. Et Hugo m’a dit la même chose. »


Avant cette « bascule », vous faisiez quoi chacun ? H : « Moi je faisais des jardins, j’ai pas fait beaucoup d’études mais le peu que j’ai fait c’était ça, un BEP de paysagiste » F : « Et moi j’étais dans le marketing internet, sur plusieurs sites, je faisais en sorte que les gens viennent sur le site, dépensent leur pognon…c’était ça le truc. »


Comment expliquez vous ce phénomène, y’a des comédiens qui deviennent garagistes, viticulteurs, des hommes d’affaires qui deviennent aubergistes…. F : « Hugo il a toujours eu ça en lui tout le temps, et lui il l’a écouté. A la différence de moi…moi je ne l’ai pas écouté…et à un moment, gros manque de sens, tu gravis des échelons, tu gagnes de l’argent, mais à la question « qu’as tu fait aujourd’hui, la réponse était un peu compliquée à donner, va expliquer ça à ton grand-père, l’internet ça n’a rien de concret; y’a ce besoin à un moment de trouver ta valeur et pour beaucoup, l’étalonnage se fait par l’argent que tu gagnes, alors y’en a qui décident à un moment de se dire, ben non, c’est pas ça qui me donne ma vraie valeur, mais c’est ce que je fait, au sens « fabriquer ». En Anglais, y’a une différence entre ‘to make’ et ‘to do’, ce que je fais et ce que je fabrique, fabriquer du pain, ça a une valeur, je nourris les gens; fabriquer du vin, ça a une valeur, je saoule les gens, voilà une valeur pratique, alors que le métier que je faisais il avait surtout une valeur monétisée qui n’avait rien de pratique. » H : « Moi je pense qu’on nous demande de faire des choix trop jeune, on fait un choix un peu prématuré et du coup c’est pas forcement le bon. Quelqu’un qui choisi d’être comédien jeune par exemple, peut être qu’il se plante. Passé un certain âge on sait ce qu’on veut, après y’en a qui n’osent pas. »


Vous avez eu peur au moment de changer de vie ? H : « Je n’ai jamais eu peur, j’ai toujours fait ce que je voulais et ça a toujours emmerdé mon entourage, quand ça ne va plus je change. Je ne regrette pas d’avoir fait des jardins, d’ailleurs je continue à mort à en faire, et avec mon père je me lance dans la culture, pour moi c’est du plus, si j’arrête de faire de la mécanique je ne regretterai jamais d’en avoir fait, c’est un chemin, je ne regrette rien mais je choisis tout. Je ne me laisse pas faire, ni par mes parents, ni par la vie. » F : « J’ai même pas pris le temps de me demander si c’était risqué parce que j’aurais peut être répondu oui c’est risqué. Et puis Hugo et moi on a embarqué personne d’autre que lui et moi dans cette aventure, seul j’aurais peut être eu peur d’y aller»


La moto de vos rêves ? H : « moi c’est une moto Française, une 1000 Koehler Escoffier, je crois qu’il y en a eu 37 ou 39, une moto bi-cylindre » F : « moi les motos de mes rêves aujourd’hui c’est celles que je fabrique, parce que je les ai rêvées, au sens propre du terme, comme cette moto que tu vois là en face, je l’ai fantasmée dans ma tête et puis après y’a des motos légendaires, ouais y’en a bien sûr plusieurs et notamment une ‘brough superior’ qui était la moto de Lawrence D’Arabie, je l’ ai vue de près, mais je sais pas toi Hugo mais je saurais tellement la valeur de cette moto, que je crois que je serais pétrifié de peur à l’idée de l’abimer et que donc, je n’en ferais rien »

Blitz Motorcycles - Têtes dans le guidon - Smokey Joe Apparel


Comment ça vient l’idée d’une moto? F : « Pour les premières motos puisque j’étais mon propre client je lisais des magazines de motos ou pas d’ailleurs et puis je voyais une forme qui me plaisait, une forme liée à la moto ou pas, et puis ça se met là dans ta tête, et tu te réveilles dans la nuit et tu te dis, oh mais c’est ça en fait, il faut que je trouve un mec qui sache faire ce que je viens d’imaginer, là tu vois, c’est un réservoir en résine epoxy que j’ai fait faire, il n’a jamais existé avant, c’est une forme que j’ai pris de ma tête, que j’ai dessinée, j’ai ensuite pris les cotes et je l’ai fait faire; plus tard avec Hugo on s’est rendus compte qu’au lieu de faire fabriquer des réservoirs, on pouvait prendre des réservoirs beaucoup plus jolis, qui existaient, et qui en plus avaient la patine du temps, tout ça pour te dire sans aucune prétention que les motos de mes rêves factuels, je les aies toutes ! Maintenant je rêve pour les gens pour lesquels on travaille.»


Le souvenir singulier d’un client heureux? F et H : « tous »

Vous avez des clientes? F : « On en a eu 4, Agnès, Laurence, Céline et Mélanie une copine à nous…on lui avait fait acheter une moto très moche avec un guidon torsadé de 103 SP ! sauf qu’on lui avait fait peindre en bleu marine, y’avait plus le chrome, quand elle l’a vue elle a fait un malaise vagal dans ce fauteuil. »


Vous avez un souvenir de moto ratée ? F : « (rires) Moi oui, j’ai une moto qu’a pris feu ici, c’était pas de ma faute, c’était un p’tit DAX avec une pièce neuve chinoise défectueuse que j’ai montée sans savoir qu’elle l’était…je vois de la fumée blanche monter entre mes cuisses, je soulève la selle et là ça fait un appel d’air, flammes énormes et y’avait un gros baril de 50 litres d’essence juste à côté, le temps que je trouve une serviette ça a bien cramé, après je me suis mis à trembler et j’ai fait une crise d’hypoglycémie. H : « Moi j’me souviens de la première BM que je m’étais faite (Fred se marre), je n’avais pas vraiment tout serré et là sur l’autoroute j’ai tout perdu , le pot d’échappement , le garde bout avant, tout s’est barré »


Qu’est ce qui vous rend parfaitement heureux ? F : « Ma vie au quotidien » H : « Moi tous les jours » F : « Chaque jour un truc pas prévu nous emmène hors de ‘juste l’atelier’, aujourd’hui c’est le rendez vous qu’on a ensemble, bientôt y’a wheels and waves…. » H : « c’est rigolo de rencontrer des gens de tous horizons, pour acheter des motos on rencontre des gens marrants…y’a une semaine, je vais acheter une moto chez un vieux rockeur et il manquait une roue qui était à 20 bornes de là, il a tenu à m’emmener dans son AX avec un bruit de distri de mort, et pour économiser de l’essence il se mettait au point mort, tout le temps en roue libre et notamment dans les ronds points, donc tu perds toute l’adhérence, tu vois l’truc, et quand on arrive au garage les freins lâchent et on se prend le mur, à 25 km/h on se mange le mur; ça c’était rigolo tu vois ! »


Vous êtes sur plein de trucs ! F : « Oui, sans qu’on l’ai écrit, on s’est pas dit tiens on va faire de la mécanique et puis on f’ra un peu d’mode et des lunettes, non c’est venu au fur et à mesure et quand un projet est fini y’en a un autre qui s’enchaine et ainsi de suite, de façon totalement organique, ouais organique, c’est à dire qu’on court pas après les projets, ils viennent à nous et ensuite on choisit, ça c’est une bonne idée, ça c’en est pas une bonne. »


L’avenir ? H : « naturellement, en fonction des rencontres, des projets dont on a envie…en Bolivie par exemple au lac salé. En tout cas voilà, il faut que les choses se fassent naturellement sinon ça foire


Est ce que vous êtes écolos? H : « moi ouais, clairement (Fred se marre), ça te fait rire parce qu’on fait des motos ?! » F : « ouais bah ouais » H : « ouais mais j’ai réfléchi au problème et, en plus j’fait un peu d’agriculture, puis j’ai appris les plantes tout ça et y’a des choses qui sont utiles en écologie, d’autres pas, et faire arrêter les vieilles voitures et les vieilles motos j’pense que c’est pas une bonne idée, y’a tellement de choses à faire avant ça que bon…mais si il fallait arrêter de conduire des vieilles motos pour ça, j’le ferais. » F : « Moi j’suis pas très sûr de savoir ce que ça veut dire écolo ?….mais civique oui ! »


Une chanson que vous aimez tous les deux et qui ressemble à votre couple? F et H : « Les beach boys, surf in usa »

la BO de votre histoire? F : « Creedence avec cette chanson contre la guerre du vietnam, ça parle de ces mecs qui sont protégés par le système, alors que nous justement on a choisi de s’exposer, on était protégés par le système de fait, et à un moment donné on a décidé de s’en séparer »


Vous êtes rarement séparés? F : « Si si, le W.E chacun sa vie, le soir aussi… enfin on passe quand même un paquet de dimanche ensemble »


Est ce qu’il y a pour vous une route qui soit une petite poésie pour motard ? F : « La route de la forêt des Landes, c’est pas parce qu’elle est sinueuse, c’est à cause de l’odeur, le pin des Landes je sais pas pourquoi mais j’adore, les vignobles Bordelais aussi, tu vois, rouler là l’été quand ça sent l’raisin moi ça me plaît et puis y’a l’écosse aussi .» H : « Moi y’a une route que je prends quand je rentre d’Espagne pour aller chez mon père à Perpignan, une petite départementale, qui est assez longue, celle qui te fait traverser les Pyrénées d’Espagne jusque avant Perpignan, elle est super cette route. »


Une idole? F : « Jackie Stewart il avait la classe quoi, il arrivait en moto en fourrure avec deux mannequins au bras la veille d’un championnat de F1 ou alors Vitas Gerulaitis le tennisman, le mec il arrivait encore bourré de la veille et il gagnait mais avec le sourire, avec l’audace avec le panache, tout ce qu’on a plus depuis 20 ans ou tout est aseptisé, professionnalisé à l’extrême et donc les distances se créent entre ces gars là et ceux à qui ils sont censés parler. » H : « moi non j’ai pas d’idole » F : « si le professeur Livingstone t’aimais bien…. » H : « Ouais »


Il y a des puristes qui sont choqués par ce que vous faites ? F : « évidemment , mais on a pas fait ça pour ça, nous quand on a commencé notre truc, on s’est intéressé à personne d’autre que nous, les premières motos qu’on a faites, elles étaient pour Hugo et pour moi même…, après on a monté le label, et il a fallu se faire connaitre, et là on a compris ce que c’était que de se faire connaitre par des gens qui sont derrière des écrans, parce que là, ceux qui n’avaient jamais eu le courage de se prononcer sur le fait qu’ils n’aimaient pas ce qu’on faisait , l’ont trouvé ,et puis bien en plus, mais bon ça nous a jamais empêché de dormir. On a fait comme on imaginait avec toute la latitude qu’on s’est donnés dans la limite de nos capacités. »


L’un de vos souhaits c’est de ne pas produire trop, ça s’appelle l’économie frugale, c’est bon pour le marché et ça rend heureux, c’est ça ? H : « Ouais ça rend heureux dans le sens ou on fait ce qu’on aime, je suis content de tout faire et de tout vivre, pas de basse besogne dans ce qu’on fait, je ne vois pas pourquoi on embaucherait pour pouvoir faire plus de motos, si il y avait une course à l’argent à faire, je ne ferais pas ça déjà, y’a beaucoup plus rentable que ça ! » F : « Tu peux vendre un million de t.shirt par mois si tu es fort en marketing et en investissement et puis si tu te mets à embaucher des gens, tu t’éloignes du terrain et tu commences à gérer l’humain, les problèmes des uns et des autres et moi je dis toujours qu’on préfère gérer nos mains plutôt que l’humain, le mec il te dit qu’il a une gastro et tu le vois ensuite sur Facebook avec une bouteille de champ à 2h du mat. »


Y’a des trucs qui vous empêchent de dormir ? F : « rien ! » H : « si moi, l’écologie, ça m’arrache la gueule ça, c’est l’économie qui dicte tout et qui nique tout, c’est des non sens ! »


Los Angeles ? H : « oui et non, j’ai un problème avec la mentalité Américaine, je peux pas. J’adore les paysages, l’esthétique Américaine, les voitures, leur culture mais l’Américain je peux pas, il doit y avoir des gens super là bas mais non ! »

Vous avez des clients Américains justement ? F : « Non, mais en tout cas si, sans que ce soit compliqué on pouvait avoir une résidence une fois, pendant trois mois pour tenter un truc là bas on le ferait, en tout cas on pourrait rapporter des images ! Rouler dans Los Angeles avec nos motos Européennes dans des endroits légendaires et mythiques, avec cette lumière orange comme à silverlake ! Y’a plein de films à Los Angeles qui ont étés tournés la nuit ! C’est quand même dingue ! »


Des étrangers achètent vos motos ? F : « 60% de nos clients qui ne sont pas Français mais Australiens, Tchèques, Allemands, Anglais, on a eu un Luxembourgeois, et un Français qui habite à Tahiti, donc la moto est partie à Tahiti, pas d’Espagnols ! Au total, sur les 60 clients qu’on a eu, il y en a 35 qui ne sont pas Français » On vous propose un projet qui ne vous plait pas vous le faites quand même ? F : « ah non jamais ! Et je peux te dire que ça arrive tous les jours…il y a des choses qu’on s’est interdit de faire »


Blitz ça veut dire quoi? F : « ça vient du nom d’une stratégie de foot Américain, BLITZ j’ai toujours adoré ce nom, c’est une attaque éclair qui permet de gagner juste 1 yard »


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